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Alternatiba Nancy 13 et 14 juin 2015

La Case à Modeler était ce week-end à Alternatiba Nancy ! 

Des dizaines de petits maçons ont construit le village d'Alternatiba, bien plus propre que son voisin "Feignasse City" !

L'objectif? Que les enfants s'interrogent sur les problématiques de l'urbanisme, de l'aménagement du territoire et du respect de l'environnement.
Quels éléments sont indispensables dans une commune ? Quels services publics ? Comment les orienter au mieux ? Quels équipements peuvent rendre service à la population ? Comment profiter au mieux des atouts naturels du territoire ? Comment limiter l'impact des infrastructures sur l'environnement ?

 

Nous avons reçu, sur notre stand, de véritables champions de l'aménagement, nous proposant de construire de superbes infrastructures: jardin botanique, écoles, gymnase, musée, hôpital, pharmacie, restaurants, logements écologiques...

Et en prime, un article dans l'Est Républicain du dimanche 14 juin !

Merci aux enfants et à leurs parents pour leur patience!

 

 

 

 

 

 

 

 

Article rédigé par Hélène Aubeneau

Bénévole à La Case à Modeler

L’habitat participatif est-il une utopie pour "bobos" ?

L’habitat participatif est-il « une utopie pour bobos » ?

Voilà maintenant plus d’un an que j’ai décidé de me consacrer à l’habitat participatif. En un an, j’ai eu l’occasion d’expliquer ma démarche à plusieurs centaines de personnes et j’ai à chaque fois l’occasion de recueillir des opinions aussi étonnantes, qu’intéressantes.

Il y a d’une part les personnes très optimistes  « C’est l’avenir, pourquoi on n’a pas pensé à faire ça avant ? Tu tiens un truc là. » ou à l’inverse très pessimistes « Mais de toute façon, en Lorraine, on est incapable de s’entraider et de vivre ensemble ». Il y a aussi ceux qui n’ont pas tout compris « T’es fonctionnaire, c’est ça  ? T’es au courant qu’il y a plus d’argent dans les caisses ? », et ceux qui n’ont pas compris mais qui sont honnêtes « Je n’ai pas tout compris mais sinon ça va ton frère ? ». Pour couronner le tout, je citerai ceux que j’appelle « les sociologues du dimanche » : « Ah oui, j’ai entendu parler de ce phénomène. En gros, tu prends des bobos, des profs, des écolos et des hippies, et tu construis un ghetto en paille à la campagne… ».

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Bref, je ferme cette parenthèse personnelle. J’apprécie tous ces échanges et la plupart des personnes ont un regard bienveillant sur mon projet, ce qui me motive constamment.

Je suis assez intéressé par les projets utopistes (une utopie est toujours censée devenir réalité) mais c’est surtout une volonté et une pensée très rationnelle qui m'a amenée à l’habitat participatif. Je rejoins en effet l’idée que ni les institutions, ni les bailleurs n’ont d’intérêt à soutenir l’habitat participatif si celui-ci n’est accessible qu’à une minorité de citoyens éclairés (et avec les moyens qui suivent…). Je pense au contraire que ce type de projets est un bon moyen d’innover et de rassembler des populations de catégories sociales et de générations différentes. En effet, beaucoup de groupes porteurs d’un projet d’habitat participatif font de la mixité sociale et du « vivre ensemble » l’un de leurs objectifs fondamentaux. Ces derniers recherchent souvent à coupler des solutions privés (autopromotion, voir investissement locatif) à une solution publique (accession sociale à la propriété ou insertion de logements locatifs sociaux au projet). Une sorte de prise de pouvoir par les habitants qui peut contribuer en quelque sorte à rendre possible cette « utopie » de la mixité.

Beaucoup de personnes de ma génération ont grandi (moi y compris) en s’imaginant qu’ils vivraient un jour le rêve de vivre dans une belle maison pas trop loin de la ville (pour faire des courses et sortir le week-end) mais un peu excentré quand même pour se payer le luxe d’un petit jardin privatif (pour jardiner un peu et faire un barbecue pendant que les enfants jouent). De la fin des années 70 jusqu’au début des années 90, des millions de ménages (nos parents) se sont en effet éloignés des centres villes en conservant toutefois leurs désirs de consommations (voitures, équipements électroménagers...). En moins de 20 ans, l’accession à la propriété dans ce qu’on appelle « zone périurbaine » est devenue une véritable norme en France.

Dessin cabu

De manière assez logique, cet  « âge d’or de la maison individuelle » a conduit à la création de forte inégalités : les ménages les plus aisés occupent davantage les centres urbains, les revenus moyens (la classe moyenne) vivent généralement en périphérie et les ménages les plus modestes vivent dans les territoires périurbains ou ruraux dépendants de la voiture.

Tout cela est assez normal en soi, plus on s’éloigne du centre et moins le prix du mètre carré de terrain est élevé… ce qui est moins pratique, c’est que l’on dépense plus d’argent en essence (pour faire des courses et se rendre au travail), et aussi en chauffage (pour engager des travaux pour l’isolation, la ventilation ou le chauffage, il faut avoir des moyens…). Il faut aussi noter que ce problème d’inégalité est également très marqué dans beaucoup de grandes ou moyennes villes où ont été construits massivement des grandes tours et barres à la périphérie des villes (ce qu’on appelle vulgairement « les banlieues »).

Sur le plan architectural, constructif et social, les constructions périurbaines, bâties de façon industrielle, sont aussi le parfait reflet de l’homogénéité et de la standardisation du logement. « Pendant le même temps où fut dénoncé l'homogénéité des grands ensembles, la France se couvrait d'un réseau homogène de pavillons, de ronds-points, de parkings et de supermarchés s'étendant loin des villes, jusqu'à détruire chaque année toujours plus de surfaces agricoles : l'équivalent d'un département tous les sept ans. » disait Paul Chemetov dans un article du journal Le Monde en 2012.

Alors pourquoi l’habitat participatif ? L’habitat participatif fait partie des innovations dans le sens où il vise le plus souvent à densifier les terrains et les quartiers, et à apporter de la mixité fonctionnelle (partage d’espaces communs autogérés par les habitants, accès au transport, services et commerces…). Derrière la nébuleuse du mot « participatif » se dévoile un véritable moyen pour les habitants de devenir au cœur de la conception et de l’usage de leur logement, mais aussi de leur quartier.

Je vous propose de découvrir ci-dessous quelques vidéos et articles intéressants abordant ces sujets :

L'autopromotion en Allemagne et au Québec

Strasbourg

La ville de Strasbourg est l’une des premières villes à avoir engagée une politique publique en faveur de l’Habitat participatif. Elle est également à l'origine du Réseau National des Collectivités. Des démarches concrètes menées activement en lien avec l'association Eco-Quartier Strasbourg.

http://www.strasbourg.eu/developpement-rayonnement/urbanisme-logement-amenagement/projets-urbains/autopromotion-habitat-participatif/reseau-national-collectivite-habitat-participatif

Le projet Mascabado à Montpellier

Mascabado est un projet d'habitat participatif de 23 logements dont 5 logements sociaux locatifs et 9 logements en location-accession. Une vaste opération en cours de chantier, réalisé en partenariat avec Promologis (bailleur social) et deux groupes d'habitants (Habiter c'est Choisir et écohabitions).

http://www.guidemaisonecologique.com/habitat-participatif-un-projet-innovant-a-montpellier/

http://www.lamarseillaise.fr/herault-du-jour/societe/33343-montpellier-mascobado-la-mixite-sociale-pour-innovation

Pour celles et ceux qui souhaiteraient allés encore plus loin, l'organisme de formation Coeptis et la société Toits de choix organisent un voyage d'étude à Tubingen et Strasbourg (du 16 au 18 juin 2015) : http://www.toitsdechoix.com/activites/formation/voyage-d-etude

Par Guillaume THIRIET

L'habitat participatif, une troisième voie pour le logement ?

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De nombreux français ressentent aujourd'hui les effets d'une crise généralisée et persistante. Les enquêtes récentes démontrent que l’accès au logement est devenu très difficile pour les revenus moyens, voire impossible pour les plus démunis et les très petits revenus. Le chômage et la précarité de l’emploi n’incitent ni les ménages à investir dans l’immobilier, d’une part, ni les banques à octroyer des prêts, d’autre part. Ce phénomène de crise est la conséquence directe d’un dysfonctionnement dans le marché mondial de la spéculation immobilière. En France, les prix de l’immobilier ont ainsi doublé du début des années 2000 jusqu’à la crise des « subprimes » de 2008. L’augmentation des prix de l’immobilier avant la crise a été totalement disproportionnée par rapport au coût de la vie et aux revenus des ménages. Dans la conjoncture actuelle, la baisse des prix de l’immobilier est encore trop lente par rapport aux ressources des Français et les taux d’intérêts baissent mais à un rythme différent que celui de l’inflation. En lorraine, les prix de l’immobilier diminuent, mais la plupart des biens de vente restent surévalués. Les ventes dans le résidentiel ancien, mais aussi les constructions neuves progressent donc logiquement vers une pente descendante.

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Depuis maintenant plusieurs années, on assiste en France au développement de projets d'habitat participatif. L'émergence de nouveaux concepts inspirés de nos voisins européens («Baugruppen» en Allemagne, la coopérative CODHA en Suisse…) amènent à reconsidérer le fonctionnement de la maîtrise d'ouvrage et de la promotion immobilière « classique ». Cette nouvelle manière d’investir présente de nombreux avantages, notamment dans les grandes villes où le foncier coûte cher : réduction des coûts d’acquisitions du logement, conception personnalisée de son logement et mutualisation de parties communes (buanderie, chambre d’amis, jardin…).

L’idée est simple : plusieurs personnes se regroupent afin de co-concevoir un projet immobilier collectif. En autonomie ou à l’aide d’accompagnateurs professionnels, le groupe forme une maîtrise d’ouvrage collective et définit un projet de construction ou de réhabilitation. Chaque personne occupe ainsi son propre logement et les habitants s’accordent afin de mutualiser et gérer certaines parties communes. Les ménages réduisent ainsi leurs coûts du fait de l’absence de promoteur immobilier, de l’autogestion de l’immeuble et d’une répartition intelligente des espaces consommateurs d’énergies. Une fois le projet sur pied, les familles se regroupent en copropriété ou en coopérative d’habitants. Dans le cadre d’une coopérative chaque foyer verse une mensualité à la coopérative (pour  rembourser les emprunts et les charges diverses) et acquièrent des parts sociales dans la coopérative. Ce fonctionnement permet notamment de créer des mécanismes permettant protéger les immeubles de la spéculation immobilière. La propriété collective des logements y est également conçue selon le principe « 1 homme = 1 voix » (cela reste également envisageable dans une copropriété classique).

En France, ce nouveau mode d’habitat alternatif est désormais reconnu grâce à la validation de la loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) et la création de deux nouveaux statuts juridiques : la coopérative d'habitants et la société d’autopromotion. A côté de l'immobilier privé et du logement social, l'habitat participatif dessine peu à peu une « troisième voie » pour le logement.

En Lorraine, de plus en plus de projets d’autopromotion sont en cours d’étude ou de réalisation. Ces projets s’inscrivent souvent dans le cadre d’une volonté politique des collectivités. Il peut s’agir d’intégrer des groupes d’habitants dans le cadre d’un programme d’écoquartier (écoquartier Biancamaria à Vandoeuvre, Ecocité à Distroff…) ou encore d’appels à projets lancés par les communes (projet d'autopromotion à Devant-les-Ponts grâce à la proposition de vente d’une parcelle par la ville de Metz). Dans d’autres cas, les groupes d’habitants se constituent seuls et prennent l’initiative de trouver un terrain à construire (projet Ecolline réalisé depuis 2012 à Saint-Dié, projet CoToitNous à Vaux…) auprès d’une commune ou d’un propriétaire privé. Entre la constitution du groupe, la formalisation de la maîtrise d’ouvrage, la constitution de la maîtrise d’œuvre et la construction des bâtiments, les projets d’habitat participatif sont souvent très longs à se mettre en œuvre (de 3 à 7 années en fonction de la complexité des projets). Cependant, les retours d’expériences et la reconnaissance de ce secteur devrait permettre de mieux accompagner les projets et de réduire les délais de manière significative.

Par Guillaume THIRIET

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